Une souffrance, celle des parents
Aujourd’hui en France, de nombreux parents portent une souffrance silencieuse. Ils ont un enfant, un proche, un conjoint, un cousin ou un ami qui a commis un acte de délinquance ou un acte criminel. Cette réalité est complexe, douloureuse, souvent incomprise. Elle échappe aux explications simples et aux jugements rapides.
Car comment expliquer ce qu’un autre a fait ? Comment comprendre ses choix, ses motivations profondes ? Personne ne connaît parfaitement le cœur de l’autre, même lorsqu’il est très proche. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. Face à certains actes, la question revient sans cesse : « Pourquoi ? »
Pourquoi ce geste ? Pourquoi cette chute ? Pourquoi cette trajectoire ?
Il est difficile de saisir le sens de tous les actes, de toutes les paroles, de toutes les circonstances, et encore plus des combinaisons de facteurs qui ont pu conduire à commettre ce qui est interdit : le mal. La justice fait alors son œuvre. Lorsqu’une personne est jugée coupable, elle entre dans un temps de réparation, parfois dans une mise à l’écart nécessaire pour protéger la société et rappeler la gravité des actes.
Mais pendant ce temps, d’autres souffrent aussi.
Les parents, les conjoints, les enfants, les proches vivent eux-mêmes une séparation brutale : un lien interrompu, une distance imposée, une présence devenue absence. Ils ne sont pas auteurs des faits, mais ils en subissent les conséquences. Ils portent l’incompréhension, parfois la honte, parfois le regard pesant des autres, parfois une culpabilité sourde : Ai-je manqué ? Ai-je mal fait ? Aurais-je pu empêcher cela ?
Beaucoup de mères prient en silence. Beaucoup de femmes de foi traversent des nuits intérieures profondes. Combien parcourent des kilomètres pour se rendre au parloir ? Combien attendent, parfois des heures, pour quelques minutes de rencontre ? Combien souffrent sans oser en parler, par peur du jugement ou du rejet ?
La question est alors incontournable : comment cette souffrance est-elle accueillie ?
Qui écoute ces parents ? Qui les console ? Qui reconnaît leur douleur légitime ?
Cette interrogation concerne l’ensemble de la société, mais elle interpelle aussi l’Église. Car si la justice est nécessaire, la compassion l’est tout autant. La sanction ne doit pas effacer l’humanité. La faute ne doit pas condamner toute une famille à l’isolement.
Dans l’Évangile, Jésus ne choisit jamais l’écrasement. Face à la femme samaritaine, face à la femme adultère, il ne brandit pas la Loi comme une arme. Il ne jette pas des versets au visage des cœurs brisés. Il accueille, il écoute, il parle avec douceur et vérité. Jésus tend les bras. Il rejoint ceux qui souffrent, mais aussi ceux qui ont chuté.
Oui, il existe un chemin de repentance. Oui, il existe un chemin de responsabilité et de transformation. Mais comment trouver ce chemin si personne ne tend la main ? Comment se relever si personne n’accueille ?
La parabole du fils prodigue est souvent admirée pour l’attitude du père. Mais rarement on s’arrête sur la douleur silencieuse de ce père qui attend, qui espère, qui veille. Ce père ne nie ni la responsabilité du fils, ni la gravité de son égarement. Il ne supprime pas la justice. Mais il refuse la honte définitive. Il restaure l’honneur par l’amour.
L’amour véritable laisse libre, n’accable pas davantage, et laisse à chacun sa part de responsabilité. Dieu est juge. Pourquoi alors juger si vite les autres, sans connaissance, sans proximité, sans compassion ? Trop souvent, nous ajoutons de la souffrance à la souffrance :
la souffrance de la séparation,
la souffrance de l’incompréhension,
la souffrance du regard social,
la souffrance de la culpabilité.
Et si, à la place, nous offrions une oreille attentive ?
Un espace d’accueil ?
Une présence simple ?
C’est ainsi que l’honneur peut être restauré et que la honte peut reculer.
De nombreux pasteurs, aumôniers et bénévoles accomplissent déjà ce travail discret mais essentiel auprès des familles brisées par l’incarcération d’un proche. Mais cette mission ne leur appartient pas seuls. Tous les disciples du Christ sont appelés à soutenir, encourager, prier, parfois aider matériellement, ces femmes et ces hommes qui souffrent en silence.
Accueillir la souffrance des parents, ce n’est pas nier la faute.
C’est refuser que la faute ait le dernier mot.
C’est croire qu’au cœur même de la justice, la compassion peut encore ouvrir un chemin de restauration.
Et c’est peut-être là, humblement, que commence la véritable humanité.
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